« 8 février 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 121-122], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7616, page consultée le 26 janvier 2026.
8 février [1841], lundi, midi ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon amour chéri. Je t’aime mon ravissant petit
homme, je t’adore mon Toto. Je ne suis pas encore levée mais si tu venais me chercher
pour aller voir mon pauvre père1 je serais bientôt prête. Je n’aurais que ma robe à passer,
car je suppose que nous irions en cabriolet à cause du dégel et du peu de temps que
nous aurions à nous ? Je voudrais bien que tu pussesa venir, mon bien-aimé, je te verrais et nous accomplirions un
devoir qui me pèse tant qu’il n’est pas fait.
L’ouvrière2 n’est pas venue aujourd’hui, encore une raison pour désirer sortir
puisque, lorsqu’elle y est, je me fais un scrupule de la laisser avec Suzanne dans la crainte qu’elle ne perde son temps.
Je t’aime, mon cher petit Toto. Je te plains, mon adorable petit homme, car je
suis sûre que tu as passé cette nuit comme les autres à travailler. Je t’aime, je
t’aime plus que de toute mon âme. Je ne te donne pas encore ta lettre de CRÉDIT, ce
sera pour tantôt. J’en écrirai une GROSSE GROSSE dans laquelle je ferai entrerb tout mon cœur et toute mon âme. D’ici là
je pense à toi et je t’aime. Je voudrais te voir, je te désire, je t’aime.
Juliette
1 L’oncle de Juliette, René-Henry Drouet, est hospitalisé aux Invalides, très malade, mais sa seconde épouse, une dame Godefroy, lui donne des soins et envoie régulièrement par lettre de ses nouvelles à Juliette qui a reçu d’elle, le 5 février, « une permission de le voir tous les jours de midi à trois heures ».
2 Pauline. Juliette veut faire faire depuis quelques jours un gilet de cachemire pour Hugo, qui devait être terminé le jour même.
a « pusse ».
b « entré ».
« 8 février 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 123-124], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7616, page consultée le 26 janvier 2026.
8 février [1841], lundi soir, 5 h. ¼
Tu es bon, tu es doux, tu es beau, tu es noble, tu es grand, tu es généreux, je
t’aime. Je viens de faire ce que tu m’as dit, mon adoré, j’ai écrit à mon pauvre père
sous le couvert de cette vieille femme dévouée qui lui donne ses soins. Suzanne est allée porter la lettre à la poste. Si tu
peux m’y conduire demain, je serai plus tranquille mais j’ai écrit à mon père que
je
n’irais peut-être pas avant jeudi, étant forcée de rester chez moi mercredi pour les
créanciers1. Il va sans dire que je me suis dispensée de lui donner ce dernier
détail.
Merci, mon cher bien-aimé, merci, tu es mon bon ange. Je vais commencer
ce soir mes comptes. Enfin ! ça n’est pas malheureux, n’est-ce pas ? Au reste, cela
pouvait s’ajourner qu’à ce soir sans grand inconvénient. S’il y en avait eu de
sérieux, je ne l’aurais pas fait. Taisez-vous, vieux tyran, ça ne vous regarde pas.
Rendez-moi mes quarante francs que vous me devez, ça vaudra bien mieure2.
Ha ! ça, vieux Chinois3, d’où vient que vous venez toujours faire
votre poussière chez moi puisque vous avez une brosse neuve chez vous ? Je trouve
ce
système un peu japonaisa et pas
mal despotique de venir user mes brosses et salir mon ménage
sans raison. PÔlisson, viens-y encore, tu verras comme je te la secouerai ta poussière
et tes puces par-dessus le marché. Voime, voime.
En attendant, tâchez de ne pas venir trop tard, j’ai faim et soif de vous, moi
et je ne peux pas me mettre à la diète de bonheur depuis un bout de l’année jusqu’à
l’autre. Je vous attends sous les armes4. Je vous
aime scélérat, je vous désire vieux Chinois, venez vite.
Juliette
1 Tous les dix du mois, des créanciers comme le tapissier Jourdain, Lafabrègue ou l’homme de Gérard viennent récupérer les sommes qu’on leur doit.
2 Variante de « mieux » ?
3 Juliette appelle fréquemment Hugo ainsi parce qu’il éprouve un intérêt tout particulier pour la Chine. Il en parle dans ses œuvres et collectionne aussi chez lui de nombreux objets.
4 Se dit à l’origine d’une troupe qui a pris les armes pour faire quelque service ou pour rendre quelque honneur puis, au sens figuré et familier, d’une femme qui emploie tous ses moyens de plaire (Dictionnaire de l’Académie française de 1877).
a « japonnais ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
